Critères d’évaluation

L’évaluation par listes rouges (IUCN) se fonde sur la vulnérabilité ou le risque d’extinction des espèces. Pour les champignons, dont l’absence de fructification est difficile à évaluer en terme de raréfaction, il est plus aisé de raisonner en terme de « présence potentielle », laquelle, à partir de visites ciblées, peut être confirmée plus facilement que par des visites aléatoires non orientées.

Certaines communautés de champignons (mycocoenoses ou mycosynusies), ou groupements d’espèces partageant les mêmes milieux de vie, sont suffisamment cohérentes pour être évaluées en tant que telles, autrement dit l’absence d’observation d’une espèce importante peut être atténuée par l’observation d’autres espèces qui l’accompagnent habituellement, et qui rendent sa présence quasiment certaine (ce qui suppose qu’elle sera observée tôt ou tard, moyennant une plus forte pression d’observations). Ceci est très important non seulement pour la reconnaissance de milieux (par ailleurs identifiables par la végétation), mais aussi pour leur évaluation (absence ou présence d’espèces indicatrices de tendances écologiques : niveau trophique, pollutions, stabilité du milieu…). Les espèces caractéristiques de mycocoenoses seront considérées comme « espèces parapluies ».

Par ailleurs, un paramètre pratique doit être pris en compte : la possibilité de voir et d’identifier l’espèce ; autrement dit la probabilité subjective de recenser l’espèce, qui pondère la probabilité objective de l’espèce d’être effectivement présente sur le site prospecté (laquelle est très forte si le milieu est optimal, très faible sinon).

On peut donc fonder une évaluation sur les critères suivants :

Valeur écologique

par rapport à un milieu donné

Milieu rare

Milieu vulnérable/ en régression

Milieu banal

Milieu en expansion (espèces anthropiques)

Espèces inféodées au milieu FORTE

FORTE

bio-indicateur

FAIBLE

Espèces préférentiellement
associées au milieu

FORTE

Moyenne

FAIBLE

FAIBLE

Espèces ubiquistes

Faible

FAIBLE

FAIBLE

FAIBLE

Espèces théoriquement
absentes du milieu

A RECHERCHER

A RECHERCHER

ETEINTES ?

A SURVEILLER

On pondère cette grille d’évaluation par deux autres paramètres :

  1. la fréquence d’observation réelle des espèces, indépendamment de leur habitat (rareté apparente), d’après les données de l’Inventaire Mycologique Régional (Courtecuisse & Lécuru, en prép.) ;
  2. la visibilité et l’identifiabilité des espèces indépendamment des autres paramètres. Ceci repose sur les critères subjectifs de volume du sporophore, de sa couleur, de son appartenance à des groupes plus ou moins bien documentés par la littérature, de l’accessibilité de cette littérature, click here. Les ESPECES PARAPLUIES seront choisies parmi les espèces les plus visibles ou les plus remarquables, inféodées à un type de milieu et représentatives des espèces plus discrètes (et parfois d’intérêt patrimonial supérieur) partageant le même habitat.

Pour les catégories « Moyenne » et « Faible », la répartition biogéographique de l’espèce est considérée.

  • Espèces hors aire de répartition (populations isolées) : maintenues.
  • Espèces en limite d’aire dans la région : considérées comme « à surveiller ».
  • Espèces non en limite d’aire : supprimées.

Ceci donne la hiérarchie suivante d’évaluation (avec deux « cas » distingués pour chaque catégorie):

Espèces « parapluie » : espèce à valeur écologique forte et déterminabilité élevée.

  1. Espèces caractéristiques de mycocoenoses rares ou vulnérables
  2. Espèces inféodées à des milieux rares ou vulnérables
  3. Espèces faciles à observer au moment de leur fructification et déterminables in situ (voire médiatisables au besoin).

Espèces « déterminantes » : espèces à valeur écologique forte/moyenne et déterminabilité élevée à moyenne.

  1. Espèces caractéristiques de mycocoenoses riches en espèces ou espèces compagnes de mycocoenoses rares
  2. Espèces préférentielles de milieux rares ou vulnérables
  3. Espèces faciles à observer, ou demandant une recherche orientée mais déterminables in situ.

Espèces « caractéristiques » : espèces à valeur écologique médiocre mais liées à des conditions déterminées et caractéristiques d’associations d’espèces plus rares. La présence de ces espèces sur un site doit inciter à y rechercher plus spécifiquement les espèces déterminantes ou parapluie associées au même habitat.

Espèces « éteintes » : espèces non revues dans la région depuis 1990.

  1. Espèces faciles à observer ou au moins identifiables in situ ;
  2. Espèces inféodées à des milieux en très forte régression ou très perturbés.